vendredi 19 octobre 2018

Le Voyage de Chihiro


Le Voyage de Chihiro : Photo

LE VOYAGE DE CHIHIRO - HAYAO MIYAZAKI 



Le Voyage de Chihiro
Sortie : 10 avril 2002

Animation, aventure

"Chihiro, dix ans, a tout d'une petite fille capricieuse. Elle s'apprête à emménager avec ses parents dans une nouvelle demeure.
Sur la route, la petite famille se retrouve face à un immense bâtiment rouge au centre duquel s'ouvre un long tunnel. De l'autre côté du passage se dresse une ville fantôme. Les parents découvrent dans un restaurant désert de nombreux mets succulents et ne tardent pas à se jeter dessus. Ils se retrouvent alors transformés en cochons.
Prise de panique, Chihiro s'enfuit et se dématérialise progressivement. L'énigmatique Haku se charge de lui expliquer le fonctionnement de l'univers dans lequel elle vient de pénétrer. Pour sauver ses parents, la fillette va devoir faire face à la terrible sorcière Yubaba, qui arbore les traits d'une harpie méphistophélique."





Le Voyage de Chihiro, ou Sen to Chihiro no kamikakushi soit littéralement "la disparition de Sen et Chihiro", est un film des studio Ghibli sorti le 27 juillet 2001, réalisé et scénarisé par Hayao Miyazaki.

Ce film a coûté environ 17 millions d’euro, mais il est devenu à l’époque le plus grand succès de l’histoire du cinéma japonais.

Plusieurs livres sont d'ailleurs sortis au sujet de ce film. Miyazaki lui-même à publié une adaptation en manga, 5 tomes sortis à partir de 2001 et publiés chez Glénat.

Ce film est né quand, Hayao Miyazaki, parti en vacances chez des amis à la campagne, souhaite écrire un film pour les jeunes filles qui traînent dans leur grande maison campagnarde. Il lit des magazines shojo, mais trouve qu’il n’y a pas suffisamment de personnage auquel une jeune fille peut facilement s’identifier (une romance “parfaite” arrivant beaucoup plus souvent dans les shojo que dans la vraie vie). C’est là que lui vient l’idée.

Il décide alors d’adapter le livre Kirino Mukouno Fushigina Machi de Sachiko Kashiwaba. Projet qui sera aussitôt refusé. Il propose ensuite un film sur une adolescente contemporaine, mais c’est également refusé. Le troisième projet sera le bon : un film inspiré du livre de Kashiwaba tournant autour d’un onsen.

Pour la plupart des décors, ce cher Miyazaki s’inspire du Musée d’architecture en plein air d'Edo-Tokyo, où il passe souvent ses soirées. Il semble avoir beaucoup d'intérêt pour les bâtiments de l’époque de la restauration Meiji, inspiré du style européen sans pour autant perdre le côté traditionnel japonais.

Comme dans beaucoup de ses films, Miyazaki a fait évoluer son scénario au fur et mesure de la production du film. Il a par exemple donné une utilité particulière à sans-visage, qui n’avait pas de rôle précis au début de la création du film. Il a également beaucoup raccourcis le scénario prévu, car s’il s’y était tenu, le film aurait dépassé les 3 heures…

Personnages :

Les personnages sont originaux, profonds, travaillés et particulièrement vivants. J’aime beaucoup la façon dont les liens sont tissés entre eux.

Chihiro Ogino est l’héroïne de cette histoire. C’est une fillette de 10 ans tout ce qu’il y a de plus banale. Elle n’est pas douée d’un quelconque talent particulier, c’est une trouillarde et une fille facilement intimidable. Elle perdra son nom au cours du film pour se faire simplement appeler “Sen”. Elle est naturellement très gentille et plutôt espiègle, bref : une vraie petite fille ! Elle est très proche d’Aku et du vieux Kamaji.

Aku est un personnage très mystérieux. Sous les ordres directs de la sorcière Yubaba, il fait néanmoins tout ce qu’il peut pour aider Chihiro. Son comportement est souvent un peu étrange, tout comme ses disparitions.

Yubaba est la maîtresse des lieux. C’est elle qui dirige tout, quitte à utiliser des moyens pas vraiment honnête. Malgré le fait qu’elle ait des réactions parfois cruelles, je n’arrive pas à savoir si c’est une méchante ou non. C’est surement dans ce genre d’aspect unique que l’on reconnaît les oeuvres de Miyazaki. Elle possède de grands pouvoirs magiques et est très puissante. Elle déteste sa soeur jumelle qui vit dans la simplicité : Zeniba. 

Kamaji est une sorte de Yokaï à 6 bras qui gère l’eau et sa température pour alimenter le onsen. C’est un vieillard sympathique dont la tête me rappelle celle du Dr. Eggman dans Sonic. Il est toujours prêt à aider Chihiro ou Aku, malgré son apparence un peu rustique. J’aime bien ce personnage, il prend un peu le rôle d’un grand-père pour les autres.

Lin est une jeune fille qui s’occupera de Chihiro à son arrivé. Au début froide, elle va vite se radoucir. Faites bien attention à son visage. Elle se méfie beaucoup d’Aku, mais a une confiance aveugle en Kamaji.

Zeniba est la soeur jumelle de Yubaba. Elle vit seule dans une petite et simple maison. C’est une femme très gentille.

Sans-Visage est le personnage emblématique de ce film. Presque aussi populaire que Totoro, ce personnage est très énigmatique. Il n’a aucune identité, mais semble vouloir à tout prix combler les souhaits de Chihiro. C’est un personnage entouré de symboles…

Ce film se passe dans le monde des esprits. Là, il y a un grand onsen mythique où les Yokai et autres créatures étranges viennent passer du bon temps. Il y a beaucoup de personnel, géré par Yubaba, la richissime propriétaire des lieux.

Les personnages sont vraiment très intéressants. Même les figurants sont profonds et reviennent souvent à l’écran. Comme on pouvait s’y attendre de la part de Miyazaki, c’est un travail exceptionnel.

Scénario :

Chihiro et sa famille viennent d’emménager dans une nouvelle ville à la campagne. Ils se perdent en chemin et arrive devant un tunnel de ce qui semble être un parc à thème abandonné.

Faisons une courte pause. Au Japon, l’économie a carburé jusque dans les années 90. A cette époque, les grands parcs à thème poussaient comme des champignons, accompagnés de tous les commerces qui vont avec. Mais la crise a frappé le pays et un grand nombre de parcs à thème se sont retrouvés fermés et abandonnés. Sans les parcs, les commerces autour ont quasiment tous fermés. C’est ainsi qu’au Japon, il n’est pas rare de trouver des parcs, des commerces ou des villages entiers, complètement abandonné et laissé dans l’état où ils étaient dans les années 90.

Avec ses parents, ils explorent un peu les environs, mais tout est désert. Mais étrangement, l’une des échoppes est parfaitement achalandée. Les parents de Chihiro ont une petite faim et décide de l’assouvir malgré les mises en garde de leur fille. La nuit commence à tomber. Chihiro commence son exploration et tombe sur un pont reliant la ville abandonné à un onsen. Elle rencontre alors Aku, qui lui ordonne de quitter les lieux avant la tombée de la nuit pour sa propre sécurité. Mais il est déjà trop tard. Notre héroïne retrouve ses parents transformés en porc et panique. Heureusement, Aku vient à sa rescousse et lui indique comment survivre à la nuit. C’est ainsi que Chihiro se retrouve dans le onsen et doit se sauver chez le vieux Kamaji. Là, elle commence à se familiariser avec un univers différent du sien. On a également la joie de retrouver les boules de suies de Mon Voisin Totoro. Je vous passe les détails, mais Chihiro est confié à Lin, qui l’emmènera directement chez Yubaba pour qu’elle y signe un contrat de travail. Mais celle-ci vole son nom à Chihiro, qui ne s’appelle désormais plus que Sen (soit le premier kanji de son prénom). Notre héroïne est embauchée et se met au travail, mais les bains regorgent de tâches bien rudes… Au cours d’une soirée, Sen ouvrira la porte à une étrange créature : Sans-Visage. Chihiro réussira-t-elle à retrouver son monde ? Quel est donc le secret d’Aku ? Que provoquera la découverte de Sans-Visage ?

Ce film possède un aspect vraiment très particulier : la frontière entre le monde des humains et celui des esprits. Alors que le monde des humains est tout ce que l’on connaît le mieux, la frontière est si floue qu’avant que l’on s’en rende compte, on a plongé dans le monde des esprits. Le temps disparaît, les noms, la mémoire, la norme, tout est différent. Alors qu’au tout début les yokaï peuvent paraître un peu effrayant pour Chihiro, ils deviendront très vite totalement normaux. Autre aspect étonnant : on ne cherche absolument pas à découvrir les secrets de ce nouvel univers. On se contente d’accepter cet ordre établi. C’est un aspect Shinto que Miyazaki place dans beaucoup de ses films.

Le scénario en lui même est passionnant. Les relations entre nos personnages évoluent, ainsi que leur vision de leur environnement. On finit par s’intégrer entièrement dans cet univers. Il y a également beaucoup de messages passés grâce à des métaphores plus ou moins compliquées à saisir. Bref, on comprend aisément pourquoi ce film a eu autant de succès !


Graphisme :

Je mettrais un petit flop sur le début du film, mais j’y reviendrais. Le niveau général du film est excellent, comme d’habitude chez Ghibli. Il y a énormément de détail et le studio reste le plus fidèle à la tradition en réalisant tous les dessins à la main avant de les numériser pour les corriger. Le design des personnages est très bien pensé. Non seulement Chihiro est construite d’une façon très intéressante, mais c’est également le cas des autres personnages, qui évolueront au cours de l’histoire. Je ne vous parle même pas des yokaï, que l’on prend souvent pour de simple monstre alors qu’ils personnifient le Japon d'en temps. Les trames de fond sont justes magnifiques et donne une atmosphère particulière au film.

Enfin, je me dois d’aborder les OST, une fois de plus signés par un certain Joe Hisaishi, qui collabore avec Miyazaki depuis Nausicaä et la vallée du vent sorti 1984. Pour ce film, notre compositeur va travailler avec le Nouvel orchestre philharmonique du Japon, rien que ça ! Il va alors composer des chansons juste magnifiques, qui retranscriront et embelliront les sentiments de nos personnages. Je ne vous parle même pas du générique de fin : Rêvons toujours les mêmes rêves aimés interprété par Youmi Kimura qui deviendra célèbre grâce à ce film.


Points négatifs :

J’ai parlé plus d’un petit bémol graphique sur le début du film. Je m’explique : au début du film, si les trames des fond et les éléments en mouvement sont tout deux de bonnes qualités, il y a des styles graphiques légèrement différents, ce qui créait une sorte de coupure. Cet élément passait inaperçu pour des vieux films, car la qualité graphique n’était pas particulièrement bonne sur les éléments en mouvement, ce qui les fondait dans les trames de fonds. Dans un sens, ce petit décalage s’explique facilement. Un des hommes principal du projet est Masashi Andō, jusque là connu pour son style réaliste. Il a donc dû s’harmoniser avec le style très particulier de Miyazaki et on comprend aisément que ce ne soit pas chose aisée.

Conclusion :

Le Voyage de Chihiro mérite son succès. C’est un film fantastique qui plonge le spectateur dans un monde unique tout en laissant un grand nombre de messages très importants. Je conseille vraiment ce film à tous, il est exceptionnel.


Inconnu Day,
Chroniqueur

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