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mardi 20 décembre 2016

10 jours dans un asile : Un reportage de Nellie Bly

10 JOURS DANS UN ASILE - NELLIE BLY - NOTE : 4,5/5



Editions Points

Essai, Journalisme, Reportage

ISBN : 978-2-36468-091-3

Prix : 16€


"Engagée en 1887 au New York World du célèbre Joseph Pulitzer, Nellie Bly a pour mission de se faire passer pour folle et d’intégrer un asile d’aliénés, le Blackwell’s Island Hospital à New York. Elle y reste dix jours et en tire un brûlot. Dans ce reportage « undercover », elle met en lumière les conditions épouvantables d’internement des patientes ainsi que les méthodes criminelles du personnel."




Il fut un temps, qui commencer à dater même si les moins de 20 ans peuvent le connaître, où j’ai suivi des cours de journalisme. J’en ai conservé le goût d’une presse exigeante sur le fond mais d’un abord aisé. Et ce "10 jours dans un asile" est un banco total dans son genre. 

Elizabeth Jane Cochrane, dite Nellie Bly, nous livre un brûlot sur les conditions de vie des résidentes dans l’asile psychiatrique de Blackwell’s Island de New-York, paru en feuilleton dans les pages du New York World, dont le patron de l’époque était Pulitzer himself. Ce reportage vaut à Bly d’être engagée au sein de la rédaction. Lire ce reportage, c’est comprendre, un peu, d’où viennent les histoires sordides qu’on peut entendre sur les asiles d’aliénés : entrée aisée, nettement plus que ça a quoi on serait en droit de s’attendre, qui se base autant sur la peur des gens envers « les fous » (il est assez succulent de lire à quel point les apparences sont trompeuses) que sur la très haute opinion d’eux-mêmes dont font preuves les médecins. Les stéréotypes très ancrés à propos la folie féminine. Les conditions de vie épouvantable sur les questions de chauffage, inexistant, et de nourriture exécrable. Les brimades et la violence omniprésente et très institutionnalisée. Tout y est et ça fait froid dans le dos. Les éclairs de bontés humaines sont rares, mais Bly n’oublie jamais de les souligner. 


Si les faits ne sont malheureusement pas contestables et que ce reportage est un travail d’une qualité indiscutable, ne perdons tout de même pas vue quelque chose d’important : Etant donné le sujet, vu la manière dont il est traité et par qui, Pulitzer a du générer un sacré chiffre d’affaires et son but n’était sans doutes pas de venir en aide aux malheureuses enfermées autant derrière les murs physiques de l’asile que dans les préjugés de leurs contemporains. 

Lire ce titre, c’est aussi découvrir une femme devenue journaliste à une époque où les femmes travaillaient peu dans cette branche. Et, cherry on the cake, elle est pionnière en matière d’investigation sous couvertures. Autant par son sexe que par le discours qu’elle porte Bly interroge la place et le rôle assignée à la femme dans la société de son époque. Je suis vraiment ravie de l’avoir découverte et je ne manquerai pas de lire les deux autres titres paru aux éditions du sous-sol : Le tour du monde en 72 jours et 6 mois au Mexique.

Votre Chroniqueuse :



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